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MES AMIS D'ADOLESCENCE


Michou, Anne-Marie, Françoise et le... phonographe !


Où commence l'adolescence ? Où finit-elle ?
Les limites ne sont pas bien fixées et pour certains ce sera plus tôt et pour d'autres plus tard, mais contentons-nous, comme les Anglo-Saxons qui ont qualifié de "teen-agers" les jeunes entre treize et dix-neuf ans, d'évoquer ces six ou sept années où le passage de l'enfance à l'adolescence se fait au travers des amitiés de classes, de sorties, de sport ou tout simplement du maintien de certaines amitiés d'enfance.


Nous perdions notre appétit guerrier. L'époque des boules de terre passa petit à petit, les jeux devenaient différents et les activités différentes aussi. Il est sûr que je revoyais Guiguitte à Suffren l'été, mais il était évident aussi qu'elle avait trouvé dans son "pays" d'autre amis vers lesquels elle était attirée comme moi j'étais attirée vers d'autre amis à Alger. Restait la bonne garde, Anne-Marie, Michou, Philippe et les autres que je rencontrais souvent mais plus du tout pour jouer à minuit sonnant. Nous n' allions pas en classe dans les mêmes écoles mais continuions à nous regrouper les jeudis et les dimanches chez les parents de l'un d'entre nous. Et que faire sinon suivre l'ambiance du moment, écouter de la musique, commencer à danser et faire des "Murder parties", dans le noir propice à quelques attirances bien naturelles. Nous mêlions bien volontiers la perspicacité à notre sensualité naissante.

Nous aimions bien aussi nous réunir entre filles, discuter de nos petites affaires sentimentales, des garçons qui nous plaisaient, que nous trouvions beaux ou intelligents, enfin trè dignes de nos faveurs. Et ce que nous aimions par-dessus tout, c'était aller nous confier à Paule.Avec elle nous osions tout. Reviennent à ma mémoire, quelques séances de photo que nous voulions être des photos de "stars"!!. Et de poser, la jambe en avant, le cou tendu, le sourire cinématographique, sur une plage, tout en haut d'Alger aux "Quatre canons" ou sur la jetée qui fermait le port. Il faisait beau, toujours du soleil et nous avions pour nous la jeunesse, l'enthousiasme et l'envie de conquérir le monde. Paule, disparue depuis peu, mais dont nous ne pourrons jamais oublier la gentillesse, l'intelligence, l'humour, la psychologie. Paule qui nous écoutait avant de parler d'elle-même, Paule que nous appelions notre "Mèratouss". Elle jouait en effet le rôle d'une mère, écoutant nos malheurs, nos joies et nos bonheurs, nous consolant, nous donnant les conseils que l'on aurait attendu de nos propres mêres. Elle était irremplaçable. Elle restera irremplaçable. La vie avait fait que plus tard nous ne nous voyions plus très souvent, mais lorsqu'elle s'en est allée nous l'avons beaucoup pleurée, car elle faisait partie de ceux qui consolent. Dans ces escapades, ces sorties où nous avions la voiture des parents, un de nos garçon nous servait de chaperon....si l'on peut dire, et je suis sure qu'il n'en perdait pas une....C'était les années du Bac où il nous fallait aussi travailler pour récolter les lauriers dont nous rêvions, mais cela ne nous empêchait pas de partir le Samedi et le Dimanche, dans une des villas de nos parents, soit à l'Ouest soit à l'Est, les provisions faites pour nos piques-niques, la musique pour danser et quelques livres de classe pour faire sérieux. Inutile de préciser que nous ne dormions pas beaucoup, que nous faisions les fous et que le temps passait toujours trop vite. Il est même arrivé que les parents viennent nous rendre visite impromptue pour voir ce que nous "faisions" .....C'était alors le branle-bas de combat pour ranger, arranger, et arborer des mines réjouies sans plus, certains même ayant eu le temps de se plonger dans un livre en ayant l'air de travailler sérieusement. Nous étions bronzés, beaux et jeunes et nous allions aborder le Bac avec fierté et le réussir haut la main.

.Je terminais mes études dans une merveilleuse école, en compagnie d'amies de classe avec lesquelles j'avais suivi le parcours semé d'embûches du Cours Préparatoire à la Philosophie - maintenant appelé Terminale - J'avais également partagé les cours de nos "Mademoiselle" si prévenantes et si compétentes, la cour de récréation entourée d'un grand jardin et l'interminable chapelet d'après déjeuner à la Chapelle, pendant lequel tout en répondant machinalement nous dormions tranquilllement avant de reprendre nos cours. Notre vie était bien réglée. Les journées se déroulaient sur un même rythme sérieux et les dimanches nous voyaient réunis, Michou, Philippe et les autres dans la merveilleuse villa turque des parents d'Henri, Christiane et Philippe, sur les hauteurs d'Alger. Nous apprenions les rudiments du bridge, nous jouions au Monopoly pendant des heures, écoutions de la musique, et Henri nous signait des chèques - lui qui avait déjà, un "Carnet de chèques"!!! - d'un très gros montant pour nous rendre compte de l'effet produit par le chiffre accompagné de nombreux zéros. Nous parlions de notre travail de la semaine et de l'échéance qui arrivait à grand pas et nous laissait un peu angoissés. Le grand jour arriva, il fallut bien remplir nos pages blanches, fouiller dans nos dictionnaires latins, résoudre des équations et rédiger nos réflexions sur le grand sujet de philo. Et puis...Et puis...La liste des reçus fut affichée, générant rires ou larmes. Une nouvelle vie allait commencer à la rentrée prochaine : l'Université.

Tout était nouveau, tout était différent. Il fallait s'adapter à de nouvelles normes. Plus de murs et de contraintes. C'était la liberté dont il fallait faire bon usage pour envisager l'avenir avec confiance. Encore une fois nous allions être séparés, nous, les "vieux amis". Cela n'empêchait pas du tout nos sorties dominicales qui nous feraient découvrir de nouveaux amis dans un contexte sportif ou amical. La bonne garde, Anne-Marie, Michou, Philippe et les autres restaient en rangs serrés autour de moi. Nous avions toujours l'impression d'être de la même famille et que rien ne pourrait nous séparer.

A Sciences-Po et en Droit, je faisais équipe avec Michèle et Roger. Il s'étaient connus à la "Fac" et ne se sont plus quittés. Je les admirais beaucoup. Ils étaient beaux tous les deux, intelligents et bûcheurs. Ils réussirent tous les deux dans leur travail et leur vie. Bien que ne les ayant vus que peu - les circonstances, la vie nous ayant séparés - ils sont pour moi deux amis plus qu'amis. Pendant qu'ils commençaient de s'aimer, j'apprenais à aimer avec Vlada, si doux et si gentil, et que j'ai laissé à une autre vie sans que je le retienne près de moi.

Ainsi se fait le destin. A Alger on disait "Mektoub". C'est vrai que tout était écrit et continue de l'être.

Nous avions formé un nouveau groupe d'amis, parmi lesquels, Yves qui écrivait en vain de jolis poèmes amoureux pour moi!!! Nous lisions Anouilh, rêvions de théatre, et Claude et Marcel m'emmenaient sur leur grosses Triumph le long de la mer jusqu'à la Pointe Pescade, dans le ronronnement du moteur, bien calée derrière eux, accrochée fermement de mes deux bras autour de leur poitrine. Nous sortions beaucoup, dansions beaucoup, travaillions beaucoup : nous étions heureux découvrant la vie avec un grand "V" et pleins d'espoirs et de projets.


Yves et Françoise
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En souvenir d'Yves avec lequel j'ai tant dansé ! ! ! Cette "petite fleur" qu'il adorait

L'Algérie était encore la France, mais commençaient à poindre des soupçons de révolte dissimulée. De France arrivaient de jeunes ingénieurs, déplacés pour venir parfaire les entreprises d'Alger. Evidemment ils étaient des éléments nouveaux dans les groupes de la jeunesse dorée d'Alger et beaucoup d'entre eux épousèrent nombre de jeunes filles algéroises. J'en faisais partie. J'ai lié ma vie à François comme Michou a lié la sienne à Jean ou Paule à Maurice, et commença pour nous une toute nouvelle vie où nous allions lier d'autres amitiés. Amitié, de jeunes couples qui dure encore pour quelques uns d'entre nous.


En souvenir d'Anne-Marie, Michèle, Paule, Philippe et Yves qui ne sont plus là pour partager encore l'amitié, mais que nous aimons toujours autant.



© Françoise Bernard Briès.

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