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DJEMILA...
"La jolie..."

Djemila
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Djemila

" Il est des lieux où meurt l'esprit pour que naisse une vérité qui est la négation même....Il faut beaucoup de temps pour aller à Djemila. Ce n'est pas une ville où l'on s'arrête et que l'on dépasse. C'est un lieu d'où l'on revient. La ville morte est au terme d'une longue route en lacets qui semble la promettre à chacun de ses tournants et paraît d'autant plus longue. Lorsque surgit enfin sur un plateau aux couleurs éteintes, enfoncé entre de hautes montagnes, son squelette jaunâtre comme une forêt d'ossements, Djemila figure alors le symbole de cette leçon d'amour et de patience qui peut seule nous conduire au cœur battant du monde. "

[Albert Camus - Noces - Le vent à Djemila]

Comment ne pas s'en référer à Camus, pour nos errances dans l'Algérie éternelle? Nul autre mieux que lui n'a saisi la beauté toute philosophique de la contemplation de toutes ces villes anciennes. Et, comme nos pas, nous ont si souvent mené vers ces lieux il est bon de se rappeler ce que furent ces promenades, ces visites, et ces découvertes.

Acacia Très tôt dans ma vie, mes parents m'emmenèrent avec eux passer des journées inoubliables, entrecoupées de piques-niques délicieux sur les bords des routes alors calmes et vides de tout trafic intense. Une partie de notre famille avait habité Sétif, où ils étaient notaires. Et c'était l'occasion en allant leur rendre visite de nous arrêter à Djemila. Nous passions presque toujours en faisant un détour voir ces gisements datant des VIIIè au IVè millénaire av. JC qui nous ont fait connaître les Capsiens, et que l'on appelle les "escargotières"; masses de pierres mêlées à des coquilles d'escargots et de déchets de cuisine et de grandes épines d'acacia (Acacia Eburnea ou Horrida) qui laissent à penser que ces hommes se nourrissaient surtout d'escargots; les épines leur servant à extraire les escargots de leurs coquilles, une fois cuits (des traces de fumée sont parfois visibles). Curieux également de voir que les premières strates sont constituées de coquilles cassées et sans trace de fumée, donc des escargots consommés crus.

Fontaine

"...Puis j'ai gagné Djemila. La route qui y conduit demeure l'un des plus beaux chemins d'Algérie, car c'est un chemin vers l'abandon de l'affairement des villes, et vers la rencontre de ce qui ne peut être vu que là."

[Jacques Huré - AFRICA - 1970]

Perdue au milieu des montagnes, isolée de toute civilisation ou presque, Djemila apparaissait brutalement au creux d'une vallée. La nudité aride des montagnes qui l'entouraient frappait l'imagination. Il n'y avait aucun arbre et la terre semblait ne porter aucun fruit. Mon Père m'expliquait alors que la forêt existait du temps des romains, mais qu'à l'abandon de ce lieu par sa population, petit à petit elle disparut, détruite par les troupeaux des bergers qui transitaient par là et dont les chèvres mangeaient les bourgeons terminaux des arbres et aussi par les autochtones eux-mêmes qui faisaient des cannes pour les aider dans leur long périple. Djemila était autrefois entourée de forêts, d'ormes principalement et comme me l'a dit un jour un garde des ruines de Dougga en Tunisie : "...on pouvait aller de Dougga à Djemila, à l'ombre"!!! Il y avait aussi des vignes, témoins d'une vie qui dût être riche et intense.



Un peu d'histoire

Fontaine Entre la période si lointaine de la civilisation capsienne et la fondation de Djemila dont le nom était Cuicul, on ignore totalement ce qui se passa. Ce n'est que sous le règne de Nerva en 96-98 de notre ère que furent crées les premières villes Sitifis (Sétif), Cuicul (Djemila) et peut-être d'autres petites agglomérations. Djemila fût surtout une colonie de vétérans, colonie appelée "Nervienne" (ce qui prouve bien sa fondation par l'empereur Nerva) mais vers le milieu du IIè siècle apparurent des personnes venues de Cirta (Constantine) et de Carthage. Construite tout d'abord à l'intérieur d'une enceinte polygonale elle comporte des rues tracées avec régularité se disposant parallèlement à une grande voie dallée, tandis que d'autres rues transverses se recoupent. Au centre de la ville se trouve le forum, le capitole, la basilique judiciaire et le marché. Vue générale

Disposée sur un éperon rocheux dans la vallée, elle dispose d' une évidente défense. Puis très vite la ville déborda de sa première enceinte et ne cessa de se transformer. La place dite des "Sévères" fut un des plus importants ouvrages, avec l'arc de Caracalla et une fontaine qui fut élevée pour la restauration d'adduction d'eau dans la ville. Les riches familles qui habitaient Cuicul, rivalisaient pout ajouter à leur paysage des édifices profanes et des basiliques chrétiennes puisque le christianisme y était implanté depuis longtemps, et le baptistère datant de la fin du IVè siècle nous le prouve bien encore. BaptistèreEdifice circulaire sa piscine hexagonale décorée de mosaïques accueillait le catéchumène pour y recevoir le baptême. L'épaisseur des murs est impressionnante et les les voûtes ont été restaurées. A côté du baptistère se trouvent deux grandes basiliques dont le sol était décoré de mosaïques dont on sait qu'elles ont été offertes par de généreux donateurs. D'après Paul-Albert Février, elles peuvent être datées de la fin du IVè siècle ou du début du Vè.Urceus

Ainsi dans Cuicul, on retrouvait, forum, autels de sacrifices, basiliques, maisons à péristyle, thermes, théâtre, c'est là toute la composition d'une véritable ville romaine. Mais n'est-elle pas aussi africaine? Elle est implantée selon un urbanisme semi-régulier et s'est adaptée au terrain.

[Ci-contre un "urceus", sculpté sur la face latérale d'un autel de sacrifices]
Ce qui est assez original par rapport aux villes de Rome. Ses habitants n'étaient pas vraiment des Romains. Elle a été fondée par des éléments de l'armée et ces éléments venaient de toutes les régions du monde méditerranéen, d'Europe, d'Asie et d'Afrique, bien que les noms de ses habitants aient été presque tous romanisés. La promenade dans les ruines de Djemila est longue et fertile en découvertes. Temple Il y est facile d'imaginer la vie de ses habitants, leurs occupations, leurs distractions. Les marchés sont ouverts et comportent encore les étals des marchands. On peut "entrer" dans les maisons, et en voir leurs pièces communes ou chambres particulères. On "voit" la foule sur le forum, ou pénétrant dans le temple, les chars passant sous l'arc de Caracalla...On y voit même les égouts si bien organisés. Le théâtre est superbe, adossé à la colline. La question simple qui se pose alors est de savoir pourquoi ces ruines? Comment cette civilisation a disparu?

Cuicul resta sous l'autorité romaine jusqu'à la fin du Vè siècle. En 533, au Concile de Constantinople avait été invité, l'évêque de Cuicul et cette présence montre que la ville reconnaît cette autorité; les soldats byzantins étaient déjà arrivés pour en prendre possession. Et cette date de 533 est la dernière que l'on connaisse de l'histoire de Cuicul. Il est certain que la vie ne s'est pas arrêtée d'un jour à l'autre dans la ville mais petit à les habitants désertèrent le lieu qui fut laissé à sa mort lente.



Le Musée

Ane
"On revient de Djemila...", mais avant de la quitter nous allions visiter le Musée qui renferme de nombreuses pièces trouvées au cours des fouilles. Et surtout les magnifiques mosaïques. Jeune HommeCertes elles sont disposées verticalement alors qu'elles servaient de pavement. Et le regard doit s'abstenir de cette vision et les imaginer au sol. Leurs couleurs sont presque toutes des bruns, des rouges et des ocres, les artisans utilisant les pierres locales. On retrouve alors les tonalités du paysage environnant. Nombre d'entre elles représentent des animaux, motifs empruntés à la mythologie, thèmes inspirés de la culture latine et grecque. D'autres sont à motifs géométriques. Mais dans leur ensemble elles constituent un remarquable exemple de cet art. On peut voir également dans ce Musée des sculptures, comme la tête colossale de Septime Sévère, une tête de jeune homme en marbre, des autels funéraires, et des stèles offertes à Saturne, le grand dieu africain et bien d'autres œuvres encore.

Djemila ne s'oublie pas. Il faut admirer ce passé si riche, se dire que l'Algérie possède encore des trésors et que ce patrimoine se doit d'être partagé.


Le Cardo
Le Cardo

"La grand'rue de Djemila"



Création : 2000 - 11
Mise à jour : 2003-10-11
2005-01-22
2012-10-30
2013-10-19
2014-02-02
2016-08-11

Bibliographie:
DJEMILA - Auteur: Paul-Albert Février - Edit. Ministère de l'Information et de la Culture - Alger 1971
NOCES - Albert Camus - Edit. NRF Gallimard - Paris 1958
AFRICA - Jacques HURÉ - Edit. Séguier Paris 2000

Photos : Jacques Bernard, mon Père. (Excepté vue aérienne de la ville)




© Françoise Bernard Briès.

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