Après
avoir traversé l'Atlas Tellien, puis l'Atlas Saharien, et que l'on
quitte Ghardaïa, la route serpente dans le désert gris. Puis
tout à coup surgit le reg, désert plat, de cailloux. Il laisse
aux dunes la possibilité de se mouvoir et d'avancer peu à
peu. Après deux cents kilomètres, la route rentre dans le
sable, long serpent gris et droit, puisqu'elle est goudronnée, mais
parsemée d'obstacles que sont les petites dunes qui la traversent
sans aucune retenue. Il nous fallait parfois descendre de voiture, aider
le conducteur à passer en douceur, sans s'enliser ces tas dorés
inattendus. El Goléa est toute proche, sans que l'on ne s'aperçoive
de rien... Brutalement on se retrouve dans l'oasis dont rien ne laissait
prévoir la présence. Surgit alors le ksar, haut perché
sur son éperon rocheux. Il est en ruine mais arbore une fierté
qu'il faut aller voir de suite en grimpant vers lui. C'est lui qui donne
son nom à El-Goléa. Le fort, le ksar.
Imaginer
ses occupants, surveillant l'horizon tout autour d'eux déployé,
se perdre dans le dédale de ses ruelles enchevêtrées,
et s'accouder sur un mur tombé pour admirer la vue sur le cirque
de l'oasis est fascinant. Tout est rouge ocre, les falaises, le sable,
les pierres et les rochers, donnant une lumière à nulle autre
pareille à ce spectacle. Si le regard tombe verticalement il s'arrête
sur le vert des palmiers, sur le blanc des coupoles des marabouts, et sur
le gris inattendu du lac salé à la surface duquel on peut
voir, le soir tombant d'étranges mirages.
Comme
toujours dans le désert, le temps s'arrête. Tout devient lent,
apaisé et calme. Nous avons profité de ce voyage pour parcourir
cette oasis enchanteresse, nous laissant aller aux surprises renouvelées
à chaque pas. Un rai de lumière qui perce les palmes et vient
s'écraser sur des tomates ou des poivrons, le balancement des grenades
entr'ouvertes, et l'eau omni présente, qui jaillit avec force de
puits artésiens pour se précipiter dans les foggaras et courir
nourrir toutes les plantes de l'oasis. Les palmiers, eux, ont les pieds
dans l'eau...Ils y puisent tout le nécessaire pour donner les dattes,
doigts de lumiére "Deglet Nour", qui sont aux nomades l'aliment
qu'ils emportent avec eux, partout où ils vont.
Nos
promenades dans l'oasis nous ont menés de surprises en étonnements.
Le murmure de l'eau jaillissante d'un puit artésien peut nous mieux
faire comprendre ce que dit le Coran :
"C'est
de l'eau
que
vient toute vie"
Sans
répit, elle coule ensuite dans les foggaras, petits canaux de terre,
claire et fraîche, nourissant les arbres fruitiers, les plantes potagères
et colorant les fruits et les fleurs; en un mot, donnant la Vie. Et le
contraste entre cet eden verdoyant et frais est d'autant plus important
que les alentours ne sont que pierres, sables et séches nudités.
Au
delà d'El Goléa, s'ouvrent les espaces infinis du Sahara,
vers In Salah, Tamanrasset et l'Afrique profonde. Il n'était pas
rare dans les années 60 de retrouver une voiture abandonnée,
ses occupants non loin d'elle, que le soleil, la soif, la désorientation
avaient réduits à des squelettes. Des inconscients qui se
croyaient intrépides, étaient partis vers le Sud, seuls et
sans soutien, croyant pouvoir dompter le désert. Sortis de la piste,
tournant indéfiniment en rond sur le reg, perdant la notion du temps
et de l'espace, avaient fini par être oubliés du monde. Il
n'en est plus de même maintenant où il est nécessaire
de prévenir pour s'aventurer au-delà de ces limites.
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