Les Pages Tambour - CHIOS - LA FUITE


CHIOS - Avril 1822 -

LA FUITE


Introduction

Un petit tableau sans prétentions place une pièce du puzzle.


Assise devant un bon verre de vin blanc, je rêvassais un soir durant mon séjour à Chios. Nous avions beaucoup travaillé, et je mettais de l'ordre dans mes pensées. Mon regard était perdu aussi bien que mon esprit. J'allais tantôt par-ci tantôt par-là. Tout à coup mes yeux se portèrent sur une gravure représentant un groupe en marche. Jusque-là, rien de bien étonnant. Avec plus de précision, je remarquais particulièrement un homme vêtu d'un long manteau et coiffé d'un chapeau qui me rappelait quelqu'un.

J'avais déjà vu ce chapeau quelque part. Je repartais dans mes songeries lorsque dans un éclair, je me tournais vers mon compagnon et me levais pour approcher la gravure. L'homme en marche, à la tête de tous ces gens portait le même chapeau que la sculpture vue à Trieste sur la tombe de Michael Vlasto. Ce chapeau nous avait fait poser bien des questions à son sujet. Etait-ce celui d'un Médecin ? D'un Magistrat ? Nos questions étaient restées dans réponse. Mais c'était la première fois qu'un visage venait illustrer un simple nom. Et notre émotion fut grande ce jour là. La lumière maintenant, se faisait petit à petit. Cet homme était Démogeront comme Michael Vlasto l'était!!! Il portait la tenue de tous ces notables de Chios

La scène se passe en 1822, toute une famille fuit devant les hordes turques, le chef de famille, son épouse avec un enfant dans les bras, un autre démogeront ami ou voisin, en tête. Et cela se passe dans le Kampos. On voit derrière eux le portail de la propriété et le sommet des arbres du jardin. Tous les serviteurs accompagnent leurs maîtres. La volaille court dans leurs pieds, la carriole chargée tirée par l'âne, emporte les provisions de route. L'effroi se lit sur leurs visages affolés. Les hommes sont graves, les femmes tristes...Alors à ce momentnous avons reconstruit les moments effroyables vécus par nos ancêtres en ce mois d'Avril 1822. Certes il n'y avait pas là le pinceau de Delacroix avec toute sa fougue romantique dans la célèbre peinture du Louvre, "Les Massacres de Chios". le tableau était beaucoup plus simple et naïf mais il en disait, à notre avis beaucoup plus, n'enlevant cependant pas à Delacroix d'avoir su montrer au monde de l'époque les atrocités commises par les Turcs.

J'imaginais une fois de plus, Michael Vlasto, âgé, ayant survécu à la pendaison, parmi dix autres condamnés, fuyant avec les siens, pour aller s'établir à Trieste. J'imaginais Iannis Zygomala et Loula Vlasto portant leur petite fille Arghyro dans les bras, sa jolie croix autour du cou, ne sachant probablement pas quel était leur point de chute, ayant enterré l'icône familiale dans le jardin avant de fuir, plié les jolies écharpes de soie brodées, petits trésors qu'ils pouvaient sauver du pillage. Par chance, ils furent saufs. Ils partirent avec beaucoup des leurs d'abord à Livourne puis à Marseille, pour enfin fonder leur propre famille à Alger dix ans après au moment de la conquête de l'Algérie.

La Sainte Image est toujours là : Iannis, devenu Jean retourna à Chios la déterrer et la rapporta.



Création : 1999-07-20
Mises à jour : 2003-10-09
2005-07-27
2013-01-08




© Françoise Bernard Briès.

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