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LES GOÛTERS DE MA COUSINE

la Pérouse Cap Matifou

Le petit port de Cap Matifou La Pérouse
par Nicole Cornuault

Là-bas......étés, hivers... les gourmands étaient toujours les mêmes mais les goûters étaient différents! Pris à la maison ou sur le chemin du retour de l'école ils offraient un éventail d'odeurs et de couleurs peu ordinaires. Comme ils nous paraissaient fades les "goûters outre Méditerranée", éternels "pain - beurre - chocolat"!
Chez nous ils fleuraient bon à toute saison !

Comme elle était goûteuse la tartine imbibée d'huile d'olive, frottée d'ail, sur laquelle nous ajoutions quelques grains de sel pour en relever encore plus la saveur ! Comme elle était moelleuse cette mie parfumée de cette huile verte et un peu épaisse, fruit de la dernière récolte de ces belles olives, noires et luisantes, gorgées de soleil !

La soubressade
Il y avait aussi la soubressade, généreuse, largement étalée sur du pain mahonais, elle en débordait, écrasée entre les deux tranches à la mie serrée. Nous ne mordions pas tout de suite dedans : d' abord nous en "faisions le tour", nous nous pourléchions de cette charcuterie colorée et piquante qui dépassait du sandwich; nous l'égalisions en quelque sorte ! nous profitions de ce moment pour la "tester"cette soubressade, en connaisseurs ! Et nous retrouvions sous la langue la douceur et le feu de ce "pimenton" venu d'Espagne; il réveillait en chantant, le palais et la langue toutes papilles en éveil ! Et c'est seulement à ce moment là que nous mordions dans la mie blanche serrée et moelleuse qui ramenait un peu de douceur dans ce feu d'artifice !
La mouna
A Pâques c'était la mouna, fondante avec ses odeurs de fleur d'oranger, de citron, de rhum et d'anis ; il y avait la fromajade tiède et son contenu si surprenant et les rolletes petites couronnes parfumées d'anis en grains, craquantes sous la dent !

L'été c'était le chausson de coca, la frita chaude ou froide que l'on découvrait en mordant dans la pâte dorée, assis sur le sable encore tout mouillé du dernier bain.
Le soleil de septembre arrivait avec le raisin. Assis sur les marches de la cuisine nous croquions les grains dorés d'une grappe de muscat d'Alexandrie, accompagné de pain et de fromage rouge, bien sec. Quelques miettes tombaient à nos pieds, aussitôt prises d'assaut par les " fourmis gendarmes". !

[Le muscat d'Alexandrie que nous avons planté à la Grange vaut presqu'autant que celui d'Alger !!! - ci-dessous à droite]
Le muscat
Nous les observions, la tête entre les genoux, accroupis, nous les suivions du regard dans leur course folle; elles couraient de nos pieds à leur trou, dans un ballet incessant d'allers et retours, pressées qu'elles étaient de ne pas perdre une miette de cette récolte providentielle !

Enfin l'hiver était là, nous ramenant à la maison. Dans la cuisine, nous attendait au sortir du four la belle patate douce! Elle était ronde et généreuse, elle réchauffait nos doigts engourdis, nous l'entourions de nos mains et de sa peau sèche et rugueuse se dégageait une douce chaleur ! On la coupait en deux ; les plus pressés la rompaient comme le pain ; les plus raffinés utilisaient une petite cuillère pour la savourer, dans les deux cas la chair fumante apparaissait d'un jaune légèrement rosé avec des senteurs de vanille.

C'était là bas ......quand nous étions petits.

MC.C

Note de Max B :MC a rédigé "Les goûters" en termes "pounteros".
Les Mahonnais de Fort de l'Eau appelaient ainsi les Mahonnais du Cap Matifou : "ceux de la Pointe"<



On ne peut terminer cette page si appétissante sans vous parler aussi des crespeillettes, galettes toutes sucrées et croustillantes et des souquettes farcies de patates douces, que je dégustais toujours en allant me promener avec Bonne-Maman et Grand-Papa, à Birkhadem, dans la boulangerie juste à côté de la fontaine. Cette fontaine qui d'ailleurs est à l'origine du nom du village de Birkhadem et que cela signifie le "puit de la négresse". En cliquantICIvous pourrez voir une lithographie de la fontaine lorsqu'elle se trouvait encore en pleine campagne.

Pour information, et pour ceux qui ne sauraient pas encore ce qu'est la sobressade ou soubressade selon l'adaptation du terme par les familles, qu'ils sachent que cette saucisse est originaire des Iles Baléares et surtout de Mahon. Quand aux "fromajades" ou "fromenjades", un vrai régal fourrés de morceaux de mouton, de porc et d'un peu de soubressade avec un bon peu de safran. Garanti : cinq minutes dans la bouche et dix ans dans... ailleurs.



Création : 2005-11-29
Mises à jour : 2013-09-28 | 2015-05-18 | 2016-08-11 | 2018-01-14 |

Photographies de l'auteur ©



© Françoise Bernard Briès.

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