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CHIOS

LES MAISONS DU KAMPOS



INTRODUCTION


En 1684, le voyageur français Mansuette de Nanteuil notait dans ses carnets qu'une "caractéristique de l'Ile de Chios résidait dans le fait que tous les habitants se rendent dans leur propre maison de campagne pour une grande partie de l'été..." et "qu'il existe là de belles maisons entourées de jardins composés et de bosquets, en particulier dans l'endroit appelé Kampos, le long de la mer..." Toutes ces belles maisons de campagne paraissaient "construites au milieu d'arbres comme les citronniers, les orangers, les figuiers, toutes sortes d'espèces fruitières, et odorantes."

Il est vrai qu'en se promenant dans le
Kampos à, quelques kilomètres seulement de la ville de Chios, le regard se porte sur une forêt au feuillage brillant, vert foncé. Une forêt d'orangers, de citronniers, de pamplemousses et et pour peu que l'on y soit en Février ou Mars, ocellée d'orange et de jaune. De grands murs cernent les propriétés ornés de portails splendides ouvrant mystérieusement sur des jardins immenses. Il nous a été donné le temps de nous promener lentement, à pied, dans cet endroit privilégié. Et ce que nous y avons vu est venu ajouter à tout ce que nous ne pouvions imaginer. Nous y avons découvert des maisons appartenant autrefois à nos ancêtres Vlasto et Zygomala et à bien d'autres familles de Chios, comme les Scaramanga, Mavrogordato, Calvocoressi... Ces maisons sont généralement en ruine, dévastées par la révolte de 1822 puis plus tard par le tremblement de terre de 1881.



J'ai pris cette photo de la fenêtre de ma chambre à l'hôtel où je résidais et qui n'était autre qu'une ancienne maison, appartenant à une famille fort connue : Mavrogordatiko. C'est donc cette forêt qu'ils pouvaient admirer, été comme hiver puisque le feuillage de ces arbres magnifiques perdure. Il y avait encore quelques pamplemousses et quelques oranges, mais la cueillette était déjà fort avancé pour être transformée en délicieux jus de fruits.
Dans les années qui précédèrent la révolution de 1821 Chios était à l'apogée de son développement et de sa prospérité.
Toutes les nobles familles avaient fait construire leur maison dans le Kampos poursuivant l'exemple de leurs prédécesseurs depuis le 17è siècle, et s'inspirant toujours de la même architecture qui débuta sous la période gênoise. Les propriétés étaient assez grandes, fermées par de hauts murs érigés dans la même pierre : la pierre de Thyminia petit village non loin du Kampos, matériau qui servait à la construction des maisons elles-mêmes. Les rues, plutôt les ruelles étroites ne devaient laisser passer que de petits attelages ou simplement des piétons, réservant une ombre précieuse dans ce pays tout au soleil et chaud. Un aperçu d'une photo aérienne montrera le découpage du Kampos et l'on imaginera assez bien les maisons, généralement construites en bordure de rues quoique la partie à vivre était, elle, résolument tournée vers le jardin lui même venant se perdre dans la forêt d'orangers.

Ces maisons s'élevaient sur deux ou trois niveaux niveaux. Le rez-de-chaussé était réservé aux dépendances et diverses resserres pour entreposer du matériel, le premier étage abritait les pièces de réception, salons et salles à manger tandis qu'à l'étage supérieur se trouvaient les chambres. De larges ouvertures donnaient sur les jardins et les orangeraies et la grande terrasse, au premier, était desservie par un large escalier où l'on pouvait facilement imaginer la lente monté des robes brodées de soie, des dames de la noble société. L'envolée de l'escalier partait d'une cour pavée de mosaïques noires et blanches faites avec des galets ramassés sur les plages.




Dans la cour même se trouvaient la "noria" ou roue à aubes que faisait tourner lentement un mulet ou un âne. L'eau se déversait dans un bassin quadrangulaire orné sur ses quatre coins de hautes colonnes en pierre ou en marbre, avec de beaux chapiteaux. Elles soutenaient une treille épaisse, de vigne ou autre plante grimpante apportant aux heures chaudes une ombre bénéfique. De cette "citerne" partait un réseau compliqué de canalisations amenant l'eau qui arrosait le jardin potager et l'orangeraie. Au pied de deux des colonnes soutenant la treille se trouvaient de petits bassins de pierre ornés de sculptures, servant à laver, et l'eau s'y déversait d'une plaque de marbre décorées de dessins d'inspiration byzantine.

Dans cette cour se trouvait l'entrée de l'orangeraie, indiquée par une arche ouverte sur une allée qui allait se perdre sous les arbres, pavée ou empierrée. Pour avoir vécu en Algérie et m'être promenée souvent dans les orangeraies de la ferme de mes cousins, près de Bougie (Bejaia) j'imagine ce que devaient être les senteurs et parfums de ces arbres en fleurs à la fin de l'été. Ma promenade dans ces lieux superbes a ravivé ma mémoire de souvenirs exquis, et tout ceci m'a fait comprendre une fois de plus pourquoi Iannis et Loula , mes ancêtres, s'étaient éblis à Alger, y retrouvant d'une part les arbres, fleurs, et climat, et d'autre part les habitants d'Alger qui devaient ressembler aux habitants de Chios.

Je me demandais parfois quelle maison habitaient-ils d'autant que les Vlasto et les Zygomala avaient nombre de propriétés dans le Kampos. L'ombre noire de ce tableau était que toutes ces maisons étaient en ruine. Venait alors dans mes yeux les scènes terribles de tous ces gens fuyant les Turcs qui les massacraient, la fuite sur de petits bateaux pour leur échapper. Je touchais vraiment du doigt ce qui avait du être leur sort à ce moment et combien ils avaient dû souffrir. Pour chasser de mon esprit ces images affreuses, me restait la beauté des lieux, et tout ce que j'avais encore à découvrir des maisons du Kampos.


En 2007 j'eus la surprise d'avoir un contact avec une descendante de la famille Sechiari. Encore une famille faisant partie des "Vingt" : ces familles nobles de Chios. C'était là une surprise, encore que, Internet vous en réserve toujours. Mais ce fut magnifique de la retrouver, et avec elle ses sœurs et leurs enfants. Il se créa immédiatement entre nous une sorte de lien que nous ne pouvons définir les unes et les autres que par l'ajout "de Chios", ce qui répond tout à fait à tout ce que nous avons pu découvrir sur nos familles. Nous sommes : "de Chios", "To Xios". Et de nulle part ailleurs. Et voici que nous pouvons ajouter à cette page du Kampos, ce voyage qui se fit en Juin 2007 pour retrouver les racines de "ceux de Chios". A arpenter les rues de la Chora qui est la ville de Chios, et les ruelles du Kampos, il fut découvert, près du ruisseau de la Kokkala, un portail magnifique en pierre de Thyminia, encore dressé, malgré les vicissitudes subies, les Turcs et le tremblement de terre, et portant sur son linteau, les armes de la famille Sechiari superbes encore et presques intactes.
Ce fut une grande émotion que de les voir ici, telles qu'elles se trouvaient au moment de la grande fuite vers l'inconnu, ces armes, témoin d'un passé qui devenait tout d'un coup un peu plus proche.

Voir également : Le Kampos - suite - Ils ont habité le Kampos - Les maisons Zygomala


Création : 1999-03
Mises à jour : 2000-11-13
2003-11-16
2007-11-11
2007-11-25
2016-09-03


Bibliographie - The Kampos of Chios par Fanny Aneroussi et Leonidas Mylonadis - AKRITAS PUBLICATIONS - Smyrne -

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© Françoise Bernard Briès.
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