LA BATAILLE DE NAVARIN

Le bon navarin

Où un ragoût nous amène à une grande bataille navale
Un matin, bien disposée à toutes sortes d'activités diverses, j'étais dans la cuisine et m'apprêtais à faire ce que j'appelle un "ragoût arabe", en fait rien de plus que ce que Khira, Fatouma et les autres nous cuisinaient à Alger. On garde les traditions et les recettes. C'est peut-être cela que l'on appelle la culture pied-noir?

J'avais pour cela de bons haricots verts frais, des tomates, des oignons et de l'agneau, des épices et de l'huile d'olive...

Le maître de maison arrive dans la cuisine et me dit : "Ah! Tu fais un navarin?".

Piquée au vif de mes origines et assez récalcitrante sur le navarin, ragoût qui comme chacun sait se fait avec principalement des navets quelques autres petits légumes printaniers et du mouton, mais n'a pas cette saveur inégalable du tadjin de mouton, j'ai évidement rétorqué que ce n'était pas un navarin que je faisais, mais simplement mon plat habituel... "Et d'ailleurs répliquai-je pourquoi cela s'appelle navarin ?" L'amorce était jetée...ou la grenade dégoupillée !!!.

La maison regorgeant de dictionnaires, d'encyclopédies de toutes sortes, de livres historiques et de cuisine, il fut facile d'aller voir Navarin.

Donc Navarin :

"Grande bataille navale qui eut lieu à Navarin, petite ville du Péloponnèse au fond d'un golfe très protégé. Ici même le 20 octobre 1827, les flottes anglaises, russes et françaises infligèrent à la flotte turco-égyptienne une défaite qui allait être décisive pour l'indépendance de la Grèce en 1832."
C'était fort intéressant pour moi d'autant que cela venait ajouter à l'histoire de ma famille grecque de Chios une information importante.

Mon doigt se promena ensuite sur navarin avec une minuscule et m'indiqua ce que je savais déjà, à savoir le fameux ragoût printanier... On insistait sur les navets nouveaux...Mais de corrélation avec la ville de Navarin, aucune. La curiosité me poussa à aller encore plus loin...Je feuilletais le Dictionnaire Historique de la Langue Française qui recèle des trésors d'informations qu'on ne trouve pas habituellement dans les dictionnaires courants. J'apprenais alors que :

"navarin, terme de cuisine, est un calembour (1847) qui transforme en un dérivé de "navet" le nom propre Navarin, ville grecque auprès de laquelle eut lieu une bataille célèbre en 1827. Le mot est attesté en 1847 en argot au sens de "navet". Par métonymie il a pris son sens moderne de "ragoût de mouton" (1866), ce plat étant préparé avec des navets, et d'autres petits légumes."
Il y avait donc quelque chose entre les navets et la ville de Navarin, mais il fallait trouver le pourquoi de la chose.

Nous avons, avec mon amie Sylvie, mon amie Paulette, et d'autres encore fait mille suppositions telles que : "Il y avait peut -être des cultures de navets à Navarin ?" ou encore :"Le cuistot de la flotte victorieuse avait préparé pour les vainqueurs dont le célèbre Amiral Codrington un excellent ragoût avec du mouton et des navets"... Mais nous restions sur notre faim - si l'on peut dire -

Paulette me suggéra de lire ce magnifique ouvrage sur les Batailles Navales Célèbres... On y parlait de Navarin et nous donnant beaucoup de détails - entre autres que cette bataille fut la dernière bataille navale à voile - mais aucun renseignement sur l'origine du nom Navarin. Et Sylvie qui feuillette virtuellement l'Encyclopédie Universalis pour sa thèse d'histoire, se jeta littéralement sur elle et sur son écran mais ne trouva pas grand chose non plus. Mais nous avions appris que la ville s'appelait en réalité Pylos, ce qui était là un nom vraiment plus grec que Navarin. Vérification faite Pylos ne signifiait pas "navet"...

Nous buttions, nous nous demandions toujours pourquoi "Navarin"...L'opiniâtreté, la ténacité, sont à ce moment des qualités qui peuvent peut-être conduire à la réussite de la quête.

Le navarin mijotait... Et, et,..un beau jour chez Yvette, Gérard avait, lui, la bonne Encyclopédie Larousse que nous n'avions pas encore vue...Il ouvre, il cherche et il trouve....et je note sous sa dictée :

" La ville a été fondée au XVè siècle par les Vénitiens près du Vieux Navarin qui occupait le site de l'antique Pylos.Son nom vient de la compagnie de routiers navarrais qui avaient dominé la région de 1382 à 1402...."
En effet, "navarrais" ou "navarins" sont synonymes et ce sont ces fameux routiers qui débaptisèrent Pylos pour lui donner le nom de "Navarin" !!! Nous y étions !!! Nous avions trouvé et même la définition de "routier" qui pour le moment évoque pour nous de rudes conducteurs de camions... Mais la première définition de routier est la suivante :
"Routier : nom donné du 12è au 15è siècle à un homme qui faisait partie d'une bande de soldats irréguliers."
Presque des mercenaires, au fond!!!

Voilà comment d'un simple ragoût nous arrivons à une bataille navale.

Peut-être irai-je plus encore profondément pour savoir comment et pourquoi ces "routiers" navarrais étaient venus à Pylos...


à suivre...

Nous sommes en 2007 et il n'y a que peu d'années que Navarin a repris son nom grec de Pylos. Juste retour. Et de ce coup, les routiers, et le navarin sont oubliés.

La baie de Navarin
La baie de Navarin (Pylos) et la ville fortifiée
Un petit a parte sur la bataille de Navarin, qui fit date dans l'histoire; je ferais la remarque suivante, :"ce n'était pas la bataille de Pylos".. Donc en 1827 Pylos était bien Navarin, ce ne fut que plus tard, qu'elle reprit son véritable nom de Pylos.

Donc il vous faut imaginer cette baie, très fermée, où les flottes françaises, anglaises et russes, ont eu à combattre la flotte ottomane. Par un traité à Londres le 6 juillet 1827, la France, le Royaume Uni et la Russie étaient convenus d'intervenir entre les belligérants de la guerre d'indépendance grecque, pour faire cesser les effusions de sang (Wikipédia). Une flotte tripartite commandée par Edward Codrington, Henri de Rigny et Login Van Geiden fut envoyée dans ce but.

Après avoir réussi à empêcher divers affrontements, les amiraux décidèrent de faire une démonstration de force dans la baie de Navarin où se trouvait la flotte ottomane, composée de navires égyptiens, turcs, tunisiens et algériens. Sans perdre un seul navire, mais après avoir subi d'importants dégâts, la flotte franco-russo-britannique détruisit une soixantaine de navires ottomano-égyptiens, provoquant un véritable carnage.

Vue Google Earth, du monument élevé à la mémoire des trois amiraux ayant gagné la bataille de Navarin
Tous les 20 octobre, la ville commémore le souvenir de la bataille. Trois frégates (une française, une britannique et une russe) viennent à cette occasion dans la baie.

Des monuments ont été élevés aux marins des puissances morts pendant la bataille. Le monument aux marins britanniques est sur l'îlot au centre de la baie, Khélonaki. Le monument aux marins russes, élevé en 1872 et financé par la reine Olga, est sur Sphactérie, au creux de la baie de Panagoula, à côté d'une chapelle grecque blanche et d'une chapelle russe en bois. Un monument sur l'un des îlots-récifs, appelé aussi Pylos, à l'entrée de la baie, datant de 1890, recouvre les restes, transférés là pour l'occasion, des marins français tués lors de la bataille, ainsi que des soldats français morts lors de l'expédition de Morée

Les monuments français, anglais et la chapelle russe dans la baie de Navarin

Création : 2000-04-13
Mises à jour : 2003-10-24
2007-11-28
2012-01-15
2013-10-04
2014-07-31
2016-08-10



© Françoise Bernard Briès.

Copyright, Syndication & All Rights Reserved Worldwide.
The text and graphical content of this and linked documents are the copyright of their author and or creator and site designer, unless otherwise stated. No publication, reproduction or exploitation of this material may be made in any form prior to clear written agreement of terms with the author.