L'OLIVIER - L'OLIVE - L'HUILE




Dessin de André Hambourg


Il nous reste de l'Antiquité des ruines qui parlent et nous racontent la vie de ceux qui les habitaient. C'est fantastique de pouvoir grâce à elles reconstituer le passé. Mais, si les ruines subsistent, il ne reste rien du paysage initial. Tout a radicalement changé, tout, sauf les odeurs de la terre et les parfums des plantes qui poussaient sur ces lieux. Il est presque sûr que les gens qui vivaient ici ou là, dans ces endroits situés tout autour de la Méditerranée, avaient respiré tous ces parfums trente siècles auparavant.
L'origan, le thym, le basilic, le mastic de l'île de Chios qui n'est autre que le lentisque térébinthe que l'on trouve en Algérie et qui parfume tant les perdreaux qui se régalent de ses petites baies rouges, toutes ces odeurs, demeurent immémoriales et obstinées.

Des odeurs... mais aussi des saveurs. Il est des saveurs qui restent identiques à travers les siècles, comme celle de l'huile d'olive. Etonnement presque miracle que cette durée de l'olivier cultivé de la même manière et toujours vénéré de nos jours. Le bois, le feuillage, le fruit et la longévité font de l'olivier l'arbre royal.

Il y a sur les hauteurs d'Alger, une petite route bordée d'oliviers dont les souches ont sûrement dû voir déambuler il y a mille ans, les habitants de ces endroits. Comme en Grèce, l'olivier est en Provence omniprésent et offre à notre vue et à notre palais des joies incontestables.

L'origine exacte de l'olivier est presque inconnue et a offert bien des discussions entre les scientifiques chargés de remonter le temps à ce sujet. Certains le donnent comme originaire de l'Afrique Centrale d'où il serait remonté vers le Nord ; d'autres de l'Asie Mineure ou bien des premiers contreforts de l'Himalaya. Pour nous 'candides' il est bien là, tout autour de la Méditerranée. Et en France, ses premiers exemplaires ou ses derniers, si l'on veut se trouvent à peu près à la latitude de Montélimar. Ceci est une question de climat. L'olivier a besoin de chaleur, d'étés chauds voire très chauds et secs, mais il a besoin aussi de froid et de pluies sans pour autant supporter le gel. Et cette sorte de climat se retrouve tout autour de la Méditerranée. L'olivier n'est pas trop exigeant. Il supporte des sols assez pauvres et secs. Il craint l'humidité, mais ne refuse pas l'eau du ciel propice à la naissance de ses fruits. Les hommes qui se sont succédé à leurs 'pieds' ont amélioré au cours des siècles leur culture et leur fructification.


Mosaïque tunisienne
Les premières traces de l'olivier se trouvent dans la Bible même au coeur de la Genèse et qui ne se souvient de Noé accueillant la colombe tenant dans son bec un rameau d'olivier et lui annonçant la fin du Déluge. "La colombe vint à lui, au temps du soir, et voici qu'en sa bouche il y avait une feuille d'olivier toute fraîche. Alors Noé sut que les eaux avaient diminué de dessus la terre" (Genèse, VIII,11). L'Odyssée nous parle aussi de l'olivier chanté par Virgile et Horace. Sophocle dans son "Oedipe à Colone" écrit : "Il est un arbre dont je n'entends pas dire qu'ait germé son pareil, soit en terre d'Asie, soit dans la grande île dorienne de Pélops ; arbre invaincu, arbre qui renaît de lui-même, terreur des lances de l'ennemi ; il croît surtout en ce pays : c'est l'olivier aux feuilles pâles, nourricier des enfants.Les chefs ennemis, jeunes ou vieux, ne le détruiront jamais, car l'oeil ouvert de Zeus Morios veille sur lui et Athéna aux yeux brillants."Ainsi les textes nous initient à l'olivier, mais aussi sa représentation ; dessins, fresques peintes sur les murs des palais, mosaïques en Tunisie et sculptures.


Stèle funéraire

Musée du Louvre

On pourrait ainsi citer encore des textes célèbres où l'olivier est non seulement cité mais aussi vénéré, admiré, vanté. On a employé son bois à de multiples choses comme de la vaisselle, des outils, de petits meubles et l'on pense même que la croix du Christ était faite de bois d'olivier. Ce qui paraît être un peu légendaire étant donné que l'olivier, avec son tronc tortueux d'offre pas tellement de bois de grandes dimensions. Dans les menues choses que mon ancêtre Julie Vlasto a pu rapporter de l'île de Chios, il y a une croix sculptée de face et de dos avec des scènes bibliques. Cette croix est en bois d'olivier. De la Grèce à l'Algérie et maintenant dans le Sud de la France nous avons été et sommes entourés d'oliviers. Leur feuillage d'un vert que l'on ne peut définir que par "vert feuille d'olivier" bruisse dans le vent, et scintille au soleil nous donnant toute l'année un spectacle merveilleux. Nous n'avons pas résisté au plaisir de planter des oliviers dans notre "jardin" et les soins apportés par mon mari en ont fait de beaux arbres qui satisfaits de ce que l'on avait fait pour eux nous ont donné cette année une récolte de près de cent kilos d'olives. La récolte se pratique pendant les mois les plus froids de l'hiver, à partir de décembre et jusqu'en février selon la maturation des fruits. Il faut ensuite les porter au moulin où elles sont transformées en une huile dont il est presque inutile maintenant de vanter les vertus et les mérites.

En faisant une jolie promenade dans la direction d'Uzès, nous allons au Moulin de Collorgues dans le Gard. Nous les y laissons, elles sont mélangées à toutes les autres et quelques jours après nous allons en retirer le résultat de la pression. Pour "tant" de kilos, "tant" de litres. Cela varie en fonction de beaucoup de paramètres, mais cette année, nous étions très fiers d'avoir environ douze litres d'huile d'olive grâce à nos oliviers. Elle rendra nos salades délicieuses, nos plats savoureux pour autant que, née en Algérie de descendants espagnols et grecs toutes sortes de recettes délicieuses sont inscrites dans nos livres.


Les oliviers sont soigneusement entretenus !!
Mais il y a bien des choses encore que l'on peut faire avec l'huile d'olive ! Pour ne citer que quelques exemples : se frotter les mains encore un peu humides avec de l'huile d'olive et la garder toute la nuit, avec des gants de coton; mieux encore. Avant un shampoing coiffer ses cheveux avec un peu d'huile d'olive, se mettre une serviette chaude sur la tête et rester ainsi dix minutes ou plus, de préférence au soleil, bien laver, ensuite bien rincer et terminer avec un jus de citron. Ceci assure des cheveux brillants et faciles à coiffer. Pour aller au soleil, à la plage, faire une émulsion d'huile d'olive et de jus de citron et la passer sur le corps avant de se baigner !!! Dans les usages domestiques, on peut également frotter les plats ou les couverts en olivier avec de l'huile pour qu'ils gardent leurs belles couleurs et du brillant... La liste est longue...
On raconte même qu'avant l'apparition du savon, les "Anciens" se passaient sur tout le corps de l'huile d'olive et se frottaient ou se faisaient frotter par leurs esclaves avec un linge doux... Cela laissait la peau douce et souple. Je suppose qu'ensuite ils devaient se passer quelque parfum naturel pour enlever légèrement l'odeur un peu forte de l'huile! C'est surtout dans les gymnases en Grèce que l'on se sert de l'huile d'olive pour assouplir les muscles des athlètes. Pour rendre hommage à un visiteur le maître de maison faisait frictionner son hôte par une femme de la maison. Quoi de plus agréable! L'huile mélangée à des essences diverses comme le laurier, la myrte, la rose est utilisée pour les onguents et les parfums. Elle était aussi destinée à un usage médical et dans de nombreux rituels dans le domaine du sacré, onction du corps des défunts par exemple. L'huile d'olive représentait une si grande valeur qu'on la destinait également aux prix donnés aux vainqueurs des courses, aux jeux du cirque.
L'huile tenait également un rôle considérable dans l'alimentation à ces époques ainsi que les olives elles-mêmes qui faisaient partie des provisions de route des soldats. Et sans préparation particulière elle accompagnait toutes les galettes de blé, rappelant en cela les tartines délicieuses que l'on déguste encore en Espagne avec des tomates qui elles, n'existaient pas encore en Grèce ni même chez les romains!! Elle servait égalemment à s'éclairer. Qui ne connait les lampes à huile que l'on découvre en fouillant un site archéologique quelconque tout autour de la Méditerranée.
"L'Afrique du Nord éclairait Rome !" me disait mon Père lorsque je peinais sur Jugurtha dans mes versions latines.

La Civilisation Occidentale est le prolongement des Civilisations Méditerranéennes. Avec le blé, le vin, les métaux, l'huile d'olive fait partie des denrées essentielles qui ont fait la richesse de la civilisation méditerranéenne. Ces denrées étaient à la fois utiles à la vie courante mais aussi de fortes monnaies d'échange. C'est en Crète que l'on trouve dans les palais, les premières traces de l'olivier et de ses fruits. Sur des fresques, et en découvrant de très grandes amphores qui avaient contenu de l'huile d'olive. La Crète est une île et par là même est appelée à échanger ce qu'elle produit contre d'autres produits. Son commerce se fait avec l'Egypte où l'on a trouvé des textes mentionnant le nom de palais crétois comme Cnossos et Phaestos. Mais, l'Egypte consommait déjà beaucoup d'huile d'olive comme en témoignent les textes retrouvés. Et en Syrie, au Liban, et dans Israël de la Bible on trouve trace de l'huile ne serait-ce que par des mortiers et des presses découverts près d'Haïfa.


Bibliographie
"La civilisation de l'olivier"
Minelle Verdier
Editions Albin Michel



© Françoise Bernard Briès.

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